C' était il y a quinze ans . . .Dans un minuscule club gay du quartier de la Bastille, un petit brun assez énergique, le bob hawaïen insolemment planté sur la tignasse, commençait à pratiquer, deux fois par semaine, une musique alors inouïe: la House. Ce qui se passa en ce fond de cave fut, pour les quarantes adeptes qui s'y retrouvaient, le début d'une révolution.
Nous étions alors bien peu à aimer cette nouvelle étreinte du son et pourtant cela suffit à changer nos vies. J'écris nous, car en ces nuits, danseuses et danseurs commencèrent à réutiliser ce pronom, à l'époque assez démodé. On sortait à peine des égoïstes 8O' s, les cyniques années yuppie
Dans cette Luna, nous nous connaissions pas, mais ensemble nous inventions un même paradis sur le dancefloor. Hétéros, gays, lesbiennes ou hors sexe, nous nous rencontrions à l'état brut, embrasés par cette énergie pure jaillie d'une paire de Technics. Le jeune Laurent Garnier, qui venait d'être sevré de Manchester où, depuis l'Hacienda, la house était en train de botter le cul de l'Angleterre, nous mettait le feu.
Rétrospectivement, on est en droit d'écrire que ce chaos festif qui levait les bras sous le soleil synthétique du stronbo en criant aciiid ! aciiid ! ne fut pas sans soulever colère, envie et jalousie chez les vieux gardiens de la culture jeune. Rockers anglais, branchés anémiques, punks démodes et babas pontifiants ne cessèrent de vilipender le nouvel esprit d'une fête qui les dépassait, sous pretexte d'avoir, en leur temps, tout vécu et tout gobé. Refrain connu !
Indépendance! Combien de fois a-t-il fallu se battre pour s'ébattre librement sur cette musique qui inventait du neuf en volant les vieux ! C'est même inhérent à notre histoire. En 1989, les premières raves anglaises sont nées de cette résistance là, lorsque ceux qui avaient choisi de battre la campagne un week-end durant étaient forcés de jouer à cache cache avec la police de Margaret Thatcher. Puis il y eut les travellers anglais et la venue en France des Spiral Tribe, dont les fêtes libertaines ont assaimé ce mouvement free-party qui continue toujours d' effrayer le bourgeois hexagonal.
Fuck les chapelles ! Car elle est toujours belle et rebelle, notre danse, qu'elle soit issue des outre mondes avant-gardistes nés à Détroit, la musique la plus novatrice des ces vingt dernières années, qu'elle émane des mânes disco si chères à une culture gays qui a tant fait pour perpétuer la fête éternelle; qu'elle groove black et tchatche ce vaudou sans lequel les petits culs blancs ne se seraient jamais bougés autrement qu'avec l'agitation osseuse des Rollings Stones; Qu'elle préside l'esprit d'un club, le Rex, ou d'une ville, Barcelone et son Sonar, deux espaces où la fête a trouvé un havre conciliant au-delà des factieux de toute tendance .
Pures traces de notre circumnavigation, festive et toujours bouleversante. Pour que la joie en nous demeure .